Résidu mémoriel

By Nora Neko, 25 janvier 2016

Plus de livres de philosophie, juste assis devant les séries.
Plus de questions sur l’art, des montagnes de pétards.
Plus de ces sourires provocants et de chauds regards ou de main qui tremble quand on l’effleure, mais des pornos sur internet !
Plus d’émissions scientifiques mais France-­Infos en boucle pendant des heures.
Plus de plan pour changer le monde mais des tas pour le détruire.
Plus de saison douce pour vivre, plein de raisons froides pour ne pas.

Quelques lignes sur un écran, une voix téléphonique au loin, des mots numériques, ceux d’un décor à deux dimensions, photo­mots d’un hypothétique antérieur en guise de carte postale.
Mots qui codent l’entremot : le silence, qui a déjà gagné sur eux.

Il s’agit d’un fantôme : résidu mémoriel d’une information passée et supposément enregistrée, conservée par un environnement exposé lors d’un contact : murs, objets, systèmes nerveux, composants électroniques…

Oui voir des hippocampes volants, les rouges et verts
Oui les éléphants à quatre trompes,
Oui la vie tellement riche que même en la ratant ça reste intéressant.

Oui les couleurs vivent mais le gris demeure. Le gris du nuage, celui du béton, le gris du métal brossé, le gris de la pierre, celui de l’asphalte neuf et celui du vieux. Le gris des pardessus, le gris des cheveux, celui des cernes, le gris du sac poubelle, le gris de la poussière, le gris du rat qui s’enfuit tant qu’il peut. Le gris du bébé gabian qui fera bientôt du gris du sac poubelle le gris de son quotidien, le gris du souvenir perdu dans les nuances, le gris de la peau morte de la tête morte du corps mort qui surplombe le tas, le grands tas, la montagne grise de cadavres.

Cadavre : ensemble organique dont l’intégrité n’est plus maintenue. Chacun pour soi : on sépare les enzymes, on sélectionne les bactéries, on réaffecte les molécules, on déporte les atomes. Ainsi la vie continue en de plus petites unités. ainsi elle continue sans jamais s’arrêter. ​La petite envie récurrente d’explosions, de génocide, d’apocalypse… c’est juste pour laisser les bactéries travailler ensemble, en plus petites équipes, pour un petit moment, un vrai moment d’efficacité.

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